À Thessalonique, des travailleurs ont repris en main une usine qui avait fermé ses portes, créant une coopérative autogérée qui produit des produits de nettoyage écologiques. Cette expérience collective, qui tient depuis près d’une décennie, montre comment la solidarité et l’organisation horizontale peuvent contrer la crise économique et sociale.
Ce sont des hommes et des femmes qui ont choisi de ne pas attendre qu’on leur donne un avenir, mais de le construire eux-mêmes, jour après jour, avec leurs mains et leurs idées. Ici, le contrôle ouvrier prend tout son sens, loin des logiques habituelles.
Comment la coopérative VIOME est-elle née en pleine crise grecque ?
En 2011, alors que la Grèce traversait une tempête économique sévère avec des mesures d’austérité qui touchaient durement la population, l’entreprise VIOME, spécialisée à l’époque dans les matériaux de construction, faisait faillite. Imaginez la tension : 70 emplois menacés, des familles dans l’incertitude totale. Plutôt que de se résigner, une poignée de salarié·es ont décidé de prendre le taureau par les cornes. Ils ont occupé l’usine et tenu bon pendant une grève d’un an. Ce qui est fascinant, c’est que ces salarié·es ont choisi de relancer l’usine sous forme de coopérative, en contrôlant eux-mêmes la production et en réorientant leur activité vers des produits de nettoyage écologiques. Une autre manière de faire tourner l’économie, moins axée sur le profit et plus sur la solidarité et la durabilité.
Pourquoi VIOME relève-t-elle d’un modèle d’autogestion collective ?
Dans cette coopérative, tout le monde a la même voix et le même salaire, que l’on soit ouvrier, chimiste, ingénieur ou livreur. La prise de décision se fait en assemblée générale, souvent dès les premières heures du matin. Cela ressemble à un exercice d’écoute et de démocratie directe assez rare dans le monde industriel. Le sentiment d’appartenance y est étonnamment fort, la lutte sociale se mêle quotidiennement au travail. Ce n’est pas juste une usine, c’est un lieu où se construisent des liens humains forts et où le collectif prime sur l’individu. Ce modèle, basé sur la solidarité ouvrière et la responsabilité partagée, montre comment on peut réinventer des modes de production pour sortir d’un système capitaliste classique.
Quels défis juridiques et politiques la coopérative doit-elle affronter ?
Le parcours de VIOME n’a pas été tout rose. La maison mère, Filkeram & Johnson, ayant aussi fait faillite, a tenté à plusieurs reprises de vendre les terrains sur lesquels l’usine est implantée. À chaque fois, les travailleur·euses et leurs soutiens sont venus faire obstacle, souvent devant les tribunaux. Malgré des négociations en cours avec le ministère du Travail pour officialiser le statut de la coopérative, les pressions se font sentir. Par exemple, au printemps, la coupure brutale de l’électricité par les autorités publiques grecques a plongé les travailleur·euses dans une situation difficile pendant des semaines. Cette tension traduit une réalité ambiguë où, même avec un pouvoir politique soi-disant favorable, les mécanismes institutionnels peuvent rester hostiles ou fragiles.
- Multiples ventes aux enchères bloquées par la solidarité locale.
- Négociations pour la légalisation du terrain détenu par l’État.
- Pressions et actes répressifs comme la coupure d’électricité injustifiée.
De quelle manière la solidarité européenne soutient-elle VIOME ?
VIOME ne pourrait pas tenir sans un réseau dense de solidarité. Un bon exemple est le Collectif Montpelliérain de Solidarité avec le Peuple Grec qui organise régulièrement des ventes de produits de l’usine en France, renvoyant l’intégralité des recettes à Thessalonique. Ces actions sont relayées par des syndicats, des coopératives locales et des réseaux militants à travers toute l’Europe. Cette dynamique dépasse l’économie, elle engage tout un réseau de personnes, d’associations, qui veulent témoigner leur soutien concret face aux tensions sociales en Grèce. Ce genre de mobilisation, où la solidarité est palpable, donne un sens supplémentaire au combat de ces ouvriers et ouvrières.
Quels produits écologiques fabriquent-ils aujourd’hui chez VIOME ?
Après avoir laissé tomber la fabrication de matériaux de construction faute de demande, VIOME s’est tournée vers une gamme de produits plus respectueux de l’environnement. Ils produisent aujourd’hui divers produits de nettoyage écologiques : savons, produits vaisselle, détergents naturels, etc. Ces produits, surtout utilisés au sein des réseaux militants grecs et européens, sont faits pour limiter l’impact environnemental tout en soutenant une économie locale et humaine.
| Type de produit | Usage | Bénéfices environnementaux |
|---|---|---|
| Savons naturels | Hygiène corporelle et ménage | Sans produits chimiques nocifs, biodégradables |
| Produit vaisselle | Lavage des ustensiles | Formulé à base d’ingrédients naturels, non toxique |
| Détergents écologiques | Entretien ménager | Réduit pollution des eaux et déchets toxiques |
Comment la gouvernance collective influence-t-elle la vie quotidienne des travailleurs ?
Au quotidien, la vie dans la coopérative repose sur la participation active et un vrai partage des responsabilités. Chaque matin, les membres se retrouvent en assemblée pour fixer les objectifs et prendre les décisions ensemble. Ce qui frappe, c’est la manière dont ce système engendre un climat de confiance et d’engagement fort. Le fait que tout le monde touche le même salaire casse aussi la logique inégalitaire classique. Cela encourage à voir le travail autrement, non comme une simple tâche individuelle mais comme un effort commun dans lequel chacun·e a son rôle et sa valeur.
Le plus intéressant, c’est que cette organisation horizontale ne freine pas la productivité. Au contraire, elle la nourrit car chaque travailleur·euse se sent responsable du résultat final. Ce modèle responsabilise, donne du sens et crée un fort esprit d’appartenance — un phénomène parfois oublié dans les entreprises traditionnelles.
Quels liens la coopérative entretient-elle avec d’autres mouvements sociaux ?
VIOME ne reste pas isolée dans son coin. L’usine tisse depuis longtemps des liens étroits avec d’autres collectifs et associations engagés dans la protection de l’environnement, la solidarité avec les migrants et la justice sociale en général. Par exemple, lors de la crise migratoire dès 2015, la coopérative a organisé des collectes de vêtements et de produits de première nécessité pour venir en aide aux exilé·es. Ces actions témoignent d’une vision globale de la lutte sociale où lutte économique et engagement politique vont de pair.
Cette coopération vaste montre que VIOME n’est pas seulement un lieu de fabrication. C’est aussi un acteur engagé dans une transformation sociale plus large, se positionnant comme un acteur de résistance et d’entraide. C’est clairement un exemple de ce que peut devenir une entreprise quand elle se met au service des gens avant le profit.
Quelle est la portée politique de VIOME dans le contexte grec actuel ?
À travers cette expérience, on se rend compte que VIOME est une réponse locale à une crise systémique qui dépasse largement la Grèce. Elle donne à voir un autre rapport au travail, à la propriété et à la gestion économique. Sur le plan politique, la coopérative bouscule les attentes traditionnelles, interrogeant tant les politiques publiques que le privé. Le soutien fluctuant des gouvernements récents illustre les contradictions et les tensions auxquelles elle doit faire face.
Cette réalité place VIOME à la croisée des chemins : là où une économie plus juste et solidaire tente de s’imposer face à une économie capitaliste dominante, souvent peu sensible aux besoins humains. VIOME offre un témoignage riche aux luttes sociales contemporaines, renforçant l’idée qu’une alternative est possible, accessible et surtout porteuse d’espoir.
La coopérative Viome à Thessalonique incarne un exemple de solidarité ouvrière qui résonne bien au-delà des frontières grecques. En reprenant en main leur outil de travail, les salariés ont recréé un espace où gestion collective et engagement social se croisent, offrant une réponse concrète face aux défis économiques et sociaux.
Ce qui marque, c’est cette volonté partagée de construire ensemble, avec le soutien de nombreux collectifs en Europe, une alternative où économie sociale rime avec respect de l’environnement et dignité du travail. Une histoire qui nous rappelle que même dans les situations difficiles, il est possible de trouver des solutions collectives porteuses d’espoir.

Sociologue passionné de 34 ans, j’explore les dynamiques sociales et les interactions humaines au quotidien. Toujours curieux, j’aime analyser les phénomènes contemporains pour mieux comprendre notre société.



